Greenwashing : la finance qui lave plus vert que vert 07/03/2019 . Nicolas

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J’ai un pantalon vert. Un de ces pantalons orientaux en tissus léger destiné à mes dimanches en pyjama. Il y a quelques mois, pas bien réveillé, j’ai fait l’erreur de le glisser dans une lessive au milieu de sous-vêtements plus clairs. Résultat des courses : voilà mes dessous teintés d’un vert moche qui ne laisse aucun doute sur son origine accidentelle. Vous visualisez un peu ? Eh bien, le secteur financier belge a un peu la même couleur que me slips à l’heure actuelle.

Passer la finance à la machine

Ces dernières semaines ont vu fleurir toute une série d’initiatives qui, sous des dehors louables, surfent allègrement sur la récente vague de mobilisation citoyenne. Climat, durabilité, zéro déchet : les grandes banques tentent de se racheter une conduite et empruntent les atours des causes fédératrices contemporaines pour faire oublier à quel point elles font davantage partie du problème que de sa solution. Dans ce contexte, faire preuve d’esprit critique est plus que jamais indispensable pour éviter de tomber dans le panneau de cette écologie délavée. Voici donc quelques exemples d’initiatives aux verts discutables.

Un programme durable assez délicat à justifier

Le CEO de BNP Paribas Fortis s’est récemment exprimé sur la nécessité d’une politique climatique ambitieuse à l’occasion du lancement de la campagne « Sign for my Future ». Sans rentrer ici dans le détails des raisons qui nous poussent à un certain scepticisme vis-à-vis de l’action , les propos tenus prêtent à réfléchir : 

Pour réduire les émissions de CO2, BNP Paribas a, dès 2015, décidé de mettre un terme au financement de l'exploitation minière du charbon.

Malgré cette annonce, la maison mère de BNP Paribas Fortis a tout de même encore injecté 1,7 milliards dans le charbon en 2016 et 2017 révèle un rapport d’Oxfam. En outre, la branche belge ne s’est pas privée d’investir un total de 30 milliards d’euros dans les énergies fossiles au cours de la même période.

Mais les vertus « vertes » ne se limitent pas à attirer un public peu renseigné qui prendra pour argent comptant les propos esthétisés d’une campagne de pub : elle permet également de justifier des actions plus que discutables. Chez ING, on n’hésite par exemple pas à justifier la hausse des prix de certains services par des préoccupations environnementales toutes déclaratives. « Pour une banque durable, les prix doivent augmenter » a ainsi annoncé Erik Van Den Eynden. Avec son salaire augmenté en 2017, en même temps que celui des autres membres du comité de direction, on peut en effet imaginer qu’il aspire à une banque durable aussi longtemps que possible. Notons au passage que son patron a failli se voir octroyer une hausse de rémunération de 50% l’année passée, finalement annulée suite aux vives réactions que l’annonce avait soulevées.

Labels verts : l’importance de l’étiquette

Mais alors qui croire ? Comment trier le beau linge du reste ? Rien de plus facile en réalité : il suffit de faire confiance aux prix et labels verts. La Fédération belge du secteur financier Febelfin a ainsi récemment dévoilé sa nouvelle norme de qualité pour des produits financiers durables. On devrait pouvoir s’y fier non ?

Petit rappel : l’ASBL Febelfin regroupe 260 institutions financières belges, dont les grandes banques de notre pays. Proposer une norme écologique ambitieuse n’est donc pas dans leur intérêt. Comme l’a très bien résumé un article du CNCD, ce nouveau label ne garantit rien à personne. En effet, « cette norme n’est pas légalement contraignante. C’est pourquoi, pour des raisons techniques ou de transition, des produits pourraient être présentés au public comme étant socialement responsables ou durables alors qu’ils ne respectent pas la norme ».

En outre, les normes proposées s’avèrent pour le moins laxistes comme l’explique Antonio Gambini dans son article :

Un produit financier composé de 10% de tabac, 10% d’armes « normales », 40% d’armes nucléaires destinées à des Etats signataires du TNP et le reste en énergies fossiles « conventionnelles » pourrait donc recevoir le label « investissement durable et socialement responsable

Et pour les prix et autres récompenses décernées à des organisations durables ? Lorsqu’on sait que BNP Paribas a été récemment désigné « meilleure banque au monde pour la finance durable » par Euromoney et «1ère banque européenne en matière de développement durable » par le magazine canadien spécialisé Corporate Knights, on comprend qu’un certain recul critique est nécessaire..

Heureusement, d’autres outils existent pour nuancer ces conclusions bien souvent trop vertes pour être vraies. Sans juger de leur méthodologie et de leur impartialité absolue, des sites comme Bankwijzer, banktrack ou pechesbancaires.eu apportent, par exemple, un autre éclairage sur l’éthique et l’impact environnemental des grandes institutions bancaires (Bonus : vous pouvez regarder ce joli spot verdâtre après avoir consulté les liens précédents).

Un essorage de rigueur

Vu la multitude d’initiatives aux dehors louables que l’on voit actuellement fleurir, il est indispensable de faire preuve d’esprit critique pour ne pas tomber dans le panneau du greenwashing et de son cortège de fake news. Qu’il s’agisse d’accorder son argent, sa conscience ou son vote, s’informer est crucial si nous voulons faire évoluer la société dans la bonne direction dès aujourd’hui. L’écologie, la transition énergétique et le développement durable n’ont jamais été des sujets aussi porteurs alors profitons-en pour être radicaux dans nos choix : optons maintenant pour des alternatives réelles plutôt que pour le vert compromis des vieux slips de la finance traditionnelle.