« Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé » 14/03/2019 . Judith

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« Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé »

La formule a été popularisée dans la foulée de la crise financière puis reprise par diverses figures politiques en 2009. Elle est récemment revenue sur le devant de la scène politique avec la proposition de Pierre Larrouturou de mettre en place un Pacte Finance Climat au sein de l’Union Européenne.

Les choses qu’on n’aime ni lire, ni entendre

Aujourd’hui, il devient difficile de nier les conséquences déjà visibles d’un dérèglement climatique qui ne cesse de progresser. On préférerait ignorer les prévisions d’un nombre croissants de scientifiques relatives aux conséquences de ces dérèglements climatiques. Famines, guerres, déplacement massif de population : les prévisions sont loin d’être réjouissantes.

Malheureusement le tableau peut encore être noirci davantage si l’on prend en compte la menace croissante d’une nouvelle crise financière. Celle-ci risquerait de limiter la capacité des Etats à protéger les plus vulnérables, un public également plus sensible aux conséquences du dérèglement climatiques.

« S’occuper » du climat est donc primordial pour éviter que celui-ci ne soit remis en bas de la liste des préoccupations de nos dirigeantes et dirigeants si une crise financière majeure venait à survenir.

Pacte Finance – climat : de quoi s’agit-il ?

Face à ces constats, un groupe de citoyens et de citoyennes menés par l’économiste français Pierre Larrouturou et le scientifique Jean Jouzel milite pour l’adoption d’un traité Européen. Le but du traité : mettre la création monétaire (et plus largement la finance) au service de la transition écologique et d’une société plus respectueuse de l’environnement et des droits humains (1).

Ce pacte Finance-climat s’accompagnerait de la création d’une banque européenne pour le climat. Son objectif ? Prêter aux Etats à taux 0% pour financer la transition écologique et ceci à concurrence de 2% du PIB de l’Etat par an pendant 30 ans (2). L’enveloppe de 2% servirait à financer tant des investissements privés (isolation des maisons, bureaux, etc) que publics (transport en commun, recherche, isolation des bâtiments, etc).

Banque ou pas banque, la Cour européenne des comptes estime à 1.100 milliards d’euros par an la somme d’investissements publics et privés nécessaires pour permettre à l’Union européenne de respecter les objectifs qu’elle s’est elle-même fixée en matière de lutte contre le dérèglement climatique (3). S’agit-il d’objectifs suffisamment ambitieux au regard des enjeux évoqués ? Nous ne nous prononcerons pas ici. Quoi qu’il en soit, l’UE s’est engagée à consacrer 20% de son budget à « l’action climatique », mais cette mesure n’a toujours pas trouvé son financeur.

Des pistes pour financer la transition

La question du financement est récurrente et la démission de Nicolas Hulot l’année passée l’illustre bien. Alors ministre de l’Ecologie, il réclamait une enveloppe de 7 milliards pour l’isolation des bâtiments qu’il n’a jamais pu obtenir.

Larrouturou défend qu’une grande partie de cet argent existe déjà mais pourrait être mieux utilisé. Après la crise de 2008, la BCE a été contrainte de mettre en place des mécanismes pour éviter le piège de la déflation. Un de ces mécanismes consiste à injecter des liquidités dans l’économie afin d’inciter les banques à prêter davantage aux Etats et au secteur privé. Ce mécanisme s’appelle un ‘assouplissement quantitatif’ (quantitative easing) (4). Concrètement, la BCE rachète des titres de la dette publique des Etats et réduit le taux directeur. C’est donc une manière pour la BCE de créer de l’argent et de l’injecter dans l’économie.

La BCE a également imposé un taux d’intérêt négatif sur les dépôts bancaires qui lui ont été confiés afin de décourager la thésaurisation et d’inciter les banques à financer l’économie réelle (5). Malheureusement, les liquidités créées par la Banque centrale européenne sont restées dans les bilans des banques et n’ont pas été injecté dans nos économies (6).

La BCE a injecté 3.000 milliards d’euros depuis 2014 pour relancer la croissance des banques. Pourquoi une partie de cet argent ne pourrait-elle pas servir à financer un budget ambitieux pour le climat au niveau européen ? (7)

Enfin, rétablir une forme de justice fiscale européenne en introduisant une contribution climat au travers d’une taxation de 5% des bénéfices des entreprises à l’échelle européenne permettrait également le financement d’une politique ambitieuse (8).

Le Pacte européen pour le climat : une solution idéale ?

Même si ce pacte européen pour le climat serait une avancée majeure dans la lutte climatique, il ne pourrait pas faire office de solution unique. Les initiateurs et initiatrices du pacte le disent également : il faut avant tout changer les règles du jeu. C’est là le nerf de la guerre. Il n’y aura pas de solution miracle sans remettre en cause la logique d’accumulation de profit actuelle. Le « tout pour le profit » crée des dégâts dans toutes les sphères de notre société : agro-alimentaire, finance, environnement, bien-être et exacerbe les inégalités entre les personnes et entre les Etats.

Pas de protection du climat sans justice sociale

A ceux qui invoquent la croissance pour voler à la rescousse de la justice sociale, Larrouturou nous rappelle que ces dernières décennies ont vu apparaître un glissement de la rémunération du travail vers la rémunération du capital. Au deuxième trimestre de 2018, ce sont plus de 500 milliards de dividendes qui ont été distribués, Un record !, titrait Le Figaro (9). Une augmentation de 12.9% en un an. Larrouturou pointe du doigt ce déséquilibre capital-travail qui fragilise le financement de nos mécanismes de solidarité collectifs (chômage, pension, soin de santé).

Il s’agit donc moins de la taille du gâteau économique que de la manière dont il est servi...

Du courage politique en renfort ?

Quand Kennedy a décidé d’aller sur la Lune, les Etats-Unis ont multiplié par 15 le budget consacré à la NASA (10). En 1989, il a suffi de 6 mois à François Mitterrand et Helmut Khol pour créer une banque pour financer la transition des pays de l’ex-Union soviétique (La BERD) (11). En 2008, les gouvernements ont su trouver quelques 2000 milliards d’euros pour sauver la finance et la même année, la BCE a mis 1000 milliards d’euros sur la table en ...quelques jours.

Alors si le climat était une banque, l’aurait-on déjà sauvé ? Les chef.f.es d’État pro-européen s’accordent à dire que l’Europe est en panne de projet, le pacte Finance-climat ne pourrait-il pas donner un nouvel élan à l’Europe ? 

Le collectif qui a déjà reçu le soutien de plus de 600 personnalités de tous types et souhaite que le pacte soit mis à l’ordre du jour du Sommet Européen des 21 et 22 mars prochain sur l’avenir de l’Europe.

Affaire à suivre donc !

 

[2] Anne Hessel, Jean Jouzel, Pierre Larrouturou, Finance, climat, réveillez-vous !, Ed. Indigène, p. 101

[3] Anne Hessel, Jean Jouzel, Pierre Larrouturou, Finance, climat, réveillez-vous !, Ed. Indigène, p. 80

[4] Arnaud Zacharie, 10 ANS APRÈS LE KRACH DE 2008. LE RETOUR DES RISQUES SYSTÉMIQUES, Poit Sud, les études du CNCD-11.11.11, n°17, Septembre 2018

[5] Idem

[6] Idem

[7] Pacte finance climat site web

[8] Anne Hessel, Jean Jouzel, Pierre Larrouturou, Finance, climat, réveillez-vous !, Ed. Indigène, p. 109

[10] Anne Hessel, Jean Jouzel, Pierre Larrouturou, Finance, climat, réveillez-vous !, Ed. Indigène, p. 81

[11] Anne Hessel, Jean Jouzel, Pierre Larrouturou, Finance, climat, réveillez-vous !, Ed. Indigène, p 104